dimanche 11 mars 2012

No et moi, Delphine de Vigan.

Eblouie par Rien ne s'oppose à la nuit, j'ai eu bien vite envie de lire autre chose du même auteur, quelque chose de plus léger pensais-je...





Lou Bertignac est une petite fille précoce, elle n'a que 13 ans et fréquente pourtant déjà les bancs du lycée, avec Léa et Axelle, si jolies mais si différentes d'elle, et le beau Lucas, écorché vif. Si elle est brillante à l'écrit, elle est pourtant pétrifiée à l'idée de se livrer à un exercice pour lequel tous les regards seront braqués sur elle: l'exposé. Monsieur Marin, son professeur d'économie lui demande de choisir un sujet. Elle choisit de travailler sur la condition d'une jeune fille qui vit dans la rue, interview à l'appui. Mais il va falloir convaincre No, sauvage et attachante à la fois, de se livrer. Peu à peu des liens très forts se nouent entre les deux jeunes filles, mais Lou refuse de se rendre à l'évidence: elles ne vivent pas dans le même monde...

C'est l'histoire poignante d'une amitié hors normes bien sûr, mais pas seulement, une peinture de la société impitoyable dans laquelle nous vivons aussi, l'histoire d'une famille qui a implosé, où le deuil ne peut se faire, et peut-être le début d'une histoire d'amour aussi. Delphine de Vigan a un don, celui de peindre des choses graves sans jamais tomber dans le misérabilisme, de montrer une vérité crue sans chercher à nous arracher des larmes. Elle dit ces choses simplement, mais non sans talent.


Je vais me procurer au plus vite le film de et avec Zabou Breitman, j'ai envie de connaître ses choix, alors qu'à sa sortie ce film ne m'inspirais pas... Je vais poursuivre aussi ma lecture de cet auteur, pour élargir encore la vision que j'ai de son univers.


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J'oublie de dire que je vais proposer cette lecture à mes élèves de 3èmes, l'an prochain, dans une séquence sur l'argumentation sans doute ;-) Quand j'aime, je partage!

dimanche 4 mars 2012

Et puis, Paulette... de Barbara Constantine.

Je n'avais jamais lu cet auteur, mais j'ai été intriguée par un grand vide dans le rayon "coups de coeur" de ma minuscule librairie: quel est donc ce roman que visiblement on s'est arraché dans ma lointaine province? J'ai découvert tout au fond du rayon un rescapé de cet enlèvement en nombres, je l'ai emporté et immédiatement adopté...



Tout sonne juste dans ce roman: le ton jamais prétentieux ni grandiloquent, le cadre champêtre où l'on perçoit jusqu'aux bruits et odeurs, les personnages de tout âge (attention, grande amplitude en vue: de 0 à 94 ans!) et tout en nuances: rien ne leur est épargné, aucun petit travers, pourtant ils sont toujours traités avec tendresse et bienveillance...

Depuis le départ de son fils et de sa famille, Ferdinand, paysan veuf à la retraite, vit seul dans sa ferme trop vaste pour lui. Quand Marceline, sa discrète voisine est victime d'une inondation, dans sa petite maison mal entretenue, il ne réfléchit pas longtemps et lui intime l'ordre plus qu'il ne lui propose de profiter de sa ferme. Ce qui n'est pas pour déplaire à Cornélius, son âne doué d'intelligence autant que de malice... Elle y emménage donc avec âne, chat, chien et tout ce petit monde vit paisiblement au rythme de l'hiver rude, jusqu'à l'arrivée de Guy... Qui ne sera pas le dernier à adopter la ferme et ses habitants, comme on s'en doute très vite! Il baptisera leur communauté solidarvioc, tout un programme, non? Vous pouvez en trouver les principes là: CLIC.

Un beau roman, tendre et sensible à mi-chemin entre Ensemble c'est tout et Le mec de la tombe d'à côté ;-)


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Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan.

Maintes fois reluqué en librairie, j'ai fini par craquer et par me l'offrir, ce roman dont la couverture est juste sublime...



S'il s'ouvre sur une scène morbide (la narratrice découvre le corps de sa mère, morte depuis plusieurs jours seule, dans son appartement) qui la plonge bien évidemment dans une grande hébétude et une immense tristesse, la première partie de ce roman n'est pourtant pas noire. Delphine retrace l'enfance heureuse de sa mère, qu'elle ne nommera d'ailleurs jamais comme telle, lui préférant simplement son prénom, Lucile. C'est bien Lucile qui en sera l'héroïne, elle pourtant si discrète, si singulière dans sa nombreuse fratrie.


Delphine tentera de remonter à l'origine d'un drame qu'elle pressent, révélant en même temps que cette fracture les méandres de son écriture, qui ne va pas de soi, sans cesse se cherche et s'interroge. A-t-elle le droit de révéler les côtés les plus sombres de sa famille en apparence parfaite? On a le sentiment qu'elle ne peut plus reculer, que l'écriture prend le pas sur ses hésitations et ses doutes, comme si pour continuer à vivre sans cette mère qu'elle adulait autant qu'elle la craignait, la narratrice devait se frotter à ce passé parfois glauque...


Une lecture surprenante, différente de toutes les autres, presque inclassable tant elle nous fait pénétrer au plus près de deux âmes: celle de Lucile, tant est qu'on puisse l'approcher à défaut de la comprendre, mais aussi celle de Delphine, qui, après avoir tout entrepris pour être différente de sa mère, tente d'apprivoiser sa vie, sa maladie, pour comprendre ses choix toujours difficiles, voire impossibles...


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Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia

Conseillé et prêté par ma copine Arlette ;-), j'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans ce roman où les personnages foisonnent...



Comme je suis une flemmarde, je vous copie la note de l'éditeur qui le résume bien mieux que moi:


"Michel Marini avait douze ans en 1959. C’était l’époque du rock’n’roll et de la guerre d’Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l’arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux, et tout ce qu’ils étaient. Ils s’étaient retrouvés à Paris dans ce club d’échecs d’arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu’ils étaient tous d’incorrigibles optimistes.


Portrait de génération, reconstitution minutieuse d’une époque, chronique douce-amère d’une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l’ampleur du projet que par l’authenticité qui souffle sur ces pages. "


Mais je vous livre aussi mon avis :-)


Je crois que c'est le chapitre inaugural qui m'a perturbée au départ: "avril 1980". On y trouve le narrateur, Michel, et Pavel qui enterrent un ami écrivain. Tous deux voient resurgir une foule de souvenirs, de noms d'amis perdus de vue ou restés proches. Lorsque je me plonge avec Michel dans ce passé qui remonte à "octobre 1959", j'essaie de retrouver ces noms, ces viges évoqués si fugacement... C'est quand je lâche prise seulement, que je me laisse porter par la fraîcheur de la narration que j'entre véritablement dans le roman. Il vaut vraiment le détour, on s'attache très vite à Michel, jeune écorché vif et à ses amis qui portent un passé si lourd. Une très belle découverte!


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Les souvenirs de David Foenkinos.

Après La délicatesse qui m'a fait fondre à la lecture comme au cinéma, je me suis plongée avec curiosité dans Les souvenirs du même auteur...


Le narrateur, romancier en devenir, réalise en perdant son grand-père l'importance de vivre sa vie avec force, pour ses créer une réserve de souvenirs. Il décide se rapprocher de sa grand-mère, assiste avec peine à son placement en maison de retraite d'où elle va d'ailleurs fuguer, parce que ses enfdants ont vendu son appartement. Le hasard place sur le chemin du narrateur Louise, qu'il apprendra à aimer, lui qui est si maladroit en la matière...



Ses souvenirs lui donnent enfin la force d’écrire son roman et peut-être d'avoir prise sur son avenir. Plus qu'une réflexion sur les rapports intergénérationnels (ouh, le gros mot!), David Foenkinos nous offre une réflexion sur la mémoire et la nécessité de la cultiver, elle qui regorge de petits bonheurs comme de moments tristes. C'est un roman que j'ai lu lentement, en partageant parfois l'ennui du narrateur mais en savourant toujours la tendresse qu'il sait insuffler.


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samedi 31 décembre 2011

Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison , Arto Paasilinna.

Arto Paasilinna est décidément l'un de mes auteurs étrangers préférés, la lecture de ce dernier roman vient le confirmer :-)

L'inspecteur principal Jalmari Jyllanketo, la quarantaine sportive, est envoyé par la Sécurité nationale finlandaise dans l'ouest de la Laponie pour y enquêter sur un ancien kolkhoze reconverti en une florissante exploitation agricole spécialisée dans la culture biologique d'herbes aromatiques, de sapins de Noël et de champignons, et objet des plus folles rumeurs. L'inspecteur, promu contrôleur du ministère de l'Agriculture pour l'occasion, découvre peu à peu que les immenses champignonnières installées au fond d'une ancienne mine de fer sont en réalité un camp de travail forcé où la patronne de l'exploitation, une veuve au caractère bien trempé, séquestre de petits et gros malfrats ayant échappé aux griffes de la justice. Séduit par la philosophie de l'entreprise - et par la fille de la patronne, Sanna -, l'enquêteur s'embarque corps et âme dans cet étrange projet. Un roman drôle et haletant en forme de réflexion sur l'équité et sur les débordements de la volonté de justice.



Existe-t-il un flegme finlandais? Si oui, celui de Paasilinna est tout en nuance, mêlé d'un humour apparemment doucereux derrière lequel se cache une critique volontiers acerbe. Comme pour tous ses romans, je me suis rapidement prise au jeu, j'ai cru immédiatement aux personnages loufoques, aux situations pour le moins improbables auxquelles ils font face. C'est bien plus que l'histoire dépaysante d'un périple qui nous entraîne au fin fond de la Laponie, on accède au plus profond de l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus noir mais aussi de plus touchant. Cette fable porte aussi un message: l'homme semble pouvoir toujours (ou presque) s'amender, quel que soit son vécu...

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